Breakdown !

Modérateur: yann

Breakdown !

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:02

Breakdown !

La multitude des hold-up dont s’est rendu coupable le néolibéralisme financiaro-économique dans tous les recoins de la planète depuis vingt-cinq ans parvient aujourd’hui à l’issue annoncée depuis longtemps. Le constat banalisé de l’accroissement des inégalités entre riches et pauvres au sein de chaque nation et entre pays riches et pays pauvres est désormais tragiquement complété par le spectacle insupportable de la misère galopante à nos portes et dans nos murs. Famines et maladies endémiques s’installent et vont décimer des populations entières comme ce fut souvent le cas avant « l’ère moderne ». La flambée des prix partout frappe en tout premier lieu les plus humbles déjà fragilisés par la libéralisation de l’économie. Nous assistons au breakdown de la « globalisation ». Les éternels optimistes vont, dans leur risible et criminelle béatitude, se contenter de reprendre de ce mot sa traduction première : défaillance. Les réalistes un peu las sans doute d‘alerter en vain lui préfèrent, la mort dans l’âme, son autre sens beaucoup plus cruel : décomposition.
En livrant progressivement le marché à lui-même les apprentis sorciers du dogme néolibéral ont largement favorisé l’exacerbation de tendances profondes du capitalisme que des systèmes – certes, imparfaits – de régulation avaient réussi à contenir jusqu’au tournant des années 1980. Nos doctes professeurs ne sont pas le moins du monde troublés par la double constatation qui frappe pourtant le vulgaire observateur faisant appel sans trop de peine à sa mémoire ou à sa sommaire connaissance de l’Histoire. Entre 1945 et 1986, le monde n’a pas connu la moindre crise financière. Depuis 1987, elles se succèdent jusqu’à aboutir à l’actuel effondrement que la sophistication des montages technico-institutionnels ou occultes pourraient rendre funestement indomptable. L’abandon de toute forme de régulation des flux financiers au profit de leur libération totale explique cette troublante transformation qui ne trouble que les sots non reconnus par l’Académie. En Europe, c’est en 1986 que tout a commencé, l’adoption de l’Acte inique ( !) nous faisant enfin entrer dans la modernité soucieuse d’abandonner enfin les vieux réflexes dirigistes décidément par trop ringards. Patients et fébriles tout à la fois, les chantres du modernisme financier mirent à bas tout ce qui pouvait entraver la circulation de l’argent. Tous unirent leurs efforts, Gauche supposée garante des intérêts des gens modestes et Droite réputée gardienne de la gent fortunée, pour sacrifier sur l’autel du nouveau credo du temps toutes les guenilles du passé à jamais révolu. Oui, cela a fonctionné comme une religion. La Commission européenne et la BCE en sont les églises. Au plan global, le FMI et la Banque mondiale en sont les cathédrales. DSK, désormais patron du Fonds de la misère internationale, en fut jusqu’à la veille de sa toute dernière déclaration l’un des prêtres les plus convaincus.
Le gigantesque appel d’air que constitue la globalisation financière ne pouvait que donner libre cours aux spéculations toujours plus hasardeuses. Les coups les plus juteux sont aussi les plus audacieux, les moins prudents. Les spéculateurs institutionnalisés par la dérégulation ne jouent évidemment pas leur argent mais celui qui leur est confié par les épargnants. Ils cherchent en permanence de l’argent afin de se couvrir contre les risques qu’ils prennent sur les marchés à terme des produits financiers. Ce système est une énorme pompe à aspirer l’argent de l’économie réelle normalement organisée pour la satisfaction des besoins humains individuels et collectifs. On ponctionne ainsi la richesse de tous obtenue par le travail pour alimenter une machine destinée d’abord à la fructification du capital des plus fortunés. Tous les secteurs de l’économie sont désormais placés sous l’égide de l’implacable loi d’airain de la Finance. Comme les hold-up sur l’économie marchande ne suffisent plus, on prend aussi l’argent des politiques publiques et de la protection sociale pour renflouer le grand casino planétaire. Ne cherchons pas ailleurs la véritable raison des franchises médicales, des tentatives de suppression de la carte « famille nombreuse », du cafouillage de notre ministre de la Santé sur le remboursement des lunettes, de la casse programmée de la fonction publique, de la privatisation accélérée des services publics. Quincaillerie à la Prévert ? Non. Grande braderie du bien commun pour assouvir l’appétit de quelques-uns.
Ne cherchons pas non plus ailleurs les raisons de l’augmentation des prix agricoles et de l’extension dramatique du problème de la faim. Pour desserrer l’étreinte financière que constitue la dette extérieure gérée par les pays du Nord combien de pays du Sud ont substitué aux cultures vivrières nourrissant leur population des cultures d’exportation ? Soja en Argentine, cacao en Côte d’Ivoire, arachides au Sénégal sont autant de bombes à retardement dénoncées hier par de vilains passéistes et qui explosent aujourd’hui à notre grand et hypocrite étonnement. Combien de pays du Sud ont été mis au PAS (Programme d’ajustement structurel) par le FMI afin qu’ils s’ouvrent au prometteur marché mondial, qu’ils privatisent leurs entreprises rachetées ainsi à bon compte par les détenteurs de capitaux du Nord, qu’ils dégonflent leurs finances publiques déjà maigres quand leurs besoins éducatifs et sanitaires non satisfaits sont pourtant si criants ? Combien de petits paysans du Sud ont été chassés de leur terre désormais exploitée – c’est bien le mot juste – à grande échelle par de gros propriétaires intégrés à l’économie mondialisée en en respectant à la lettre le principe bien compris de la cardinale rentabilité financière ? On n’a pas voulu voir tout cela, croyant pouvoir indéfiniment repousser la prévisible échéance du drame.
Maintenant, ça craque de partout ! Et les pompiers pyromanes de s’affoler face à l’ampleur du désastre qui vient. Toute honte bue, de fieffés défenseurs de l’économie enfin libérée des pesanteurs héritées du passé tournent casaque. Ils nous disent aujourd’hui, à l’instar de DSK, qu’il faut maintenir les petits paysans sur leur terre au Sud et renforcer les politiques publiques partout. Non, nous ne rêvons pas. Ce sont les mêmes hommes qui, à quelques semaines d’intervalle, sont capables de défendre des « stratégies » si contradictoires. Nous savons depuis toujours que l’économie est tout sauf une science exacte. Nous avons désormais la certitude que ses pilotes conduisent à l’aveuglette. Après le breakdown, pour sortir du brouillard, il nous faudra écouter d’autres hommes que les économistes classiques. Voilà enfin une bonne nouvelle !

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yann
 
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