Limites

Modérateur: yann

Limites

Messagepar yann sur Mer 29 Oct 2008 00:34

Limites

Dans le concert assourdissant des innombrables – et donc souvent suspectes – critiques du système financier capitaliste entendues ces dernières semaines, un mot devrait à lui seul retenir notre attention du moment et occuper demain toute la réflexion des hommes de bonne volonté souhaitant sincèrement un monde meilleur et enfin raisonnable. Ce mot qu’il faut parer de tous les attributs de la raison humaine pour sauvegarder l’espèce du même nom et l’écosystème global qui la porte est le mot limite. On comprendra d’emblée que la crise financière mondiale n’est que le prétexte presque anecdotique d’une analyse sans concession de la nécessité de mettre à bas les logiques et stratégies d’une économie globalisée reposant d’abord sur son absence de limites ou, à tout le moins, sur la croyance dramatique en la possibilité de pousser tous les feux de la marchandisation de façon illimitée. Ce qui nous sauvera du triple chaos économique, social et écologique résidera dans l’art des limites définies démocratiquement, donc par le plus grand nombre pour le plus grand nombre.

Les hommes et leurs sociétés ne pouvant se construire dignement et durablement sans avoir une conscience, fut-elle approximative, des limites acceptées de leur existence, le monde de demain – après-demain sera déjà trop tard – va devoir tracer les lignes à ne pas franchir sous peine d’une menace définitive pour la vie humaine. Il n’est pas vrai que la Croissance économique est potentiellement infinie dans un monde physiquement borné. Il n’est pas vrai que le Progrès des techniques et de la science nous permettra demain de surmonter à coup sûr tous les périls actuels et à venir. Il n’est pas vrai que l’on peut laisser croître indéfiniment la très bonne fortune de quelques-uns sans que la multitude des déshérités ne se révolte un jour contre son sort funeste. Il n’est pas vrai que l’on peut subordonner la vie des hommes aux seules dimensions de l’économie. C’est pourtant dans ce monde déraisonnable que nous tentons de vivre aujourd’hui. C’est ce monde qui détruit l’être au profit de l’avoir que nous entretenons en nous adonnant fébrilement aux délices artificiels du consommationnisme. C’est dans ce monde qui nous inonde de biens et brise les liens qui devraient nous unir les uns aux autres que nous survivons à grand renfort de tranquillisants médicamenteux ou mass-médiatiques, par le secours des religions revigorées ou par le refuge dans la désespérance si mauvaise conseillère. Il faut sortir de ce monde sans fin pour entrer dans un monde fait de repères sur lesquels l’on puisse s’appuyer et s’élever autrement que par le vulgaire et outrancier commerce.

Nous ne devrons pas compter au rang des limites indispensables pour demain les quelques règles de « bonne moralité » promises aujourd’hui à grands coups de menton par tous ceux qui hier matin encore louaient sans vergogne le capitalisme financier anglo-saxon. D’autant que ces fossoyeurs impénitents – aucun n’a fait à ce jour le moindre mea culpa – ne renoncent en rien à la poursuite de leur programme de libéralisation de l’économie réelle par lequel ils livrent aux voraces intérêts privés les pans entiers du « bien commun » que constituent les services publics et la protection sociale. Le capitalisme irrémédiablement financiarisé a définitivement administré la preuve de son immoralité intrinsèque. Perpétuer son existence à coups de liftings répétés ne fera que repousser le moment de son nécessaire remplacement par une économie au service de l’Homme et de l’écologie. Paradoxalement, en ne fixant aucune limite à l’accumulation du capital ce système a fini par buter sur ses propres limites.
La toute première limite à poser sans trop tarder consisterait à contenir l’imbécillité crasse dont sont atteints nombre d’acteurs et pseudo-penseurs de l’économie néolibérale débridée en général et de la finance criminogène en particulier. Récemment, sur une chaîne de radio de service public un de ces crétins monumentaux, conseiller financier d’une banque ayant pognon sur rue à Paris, a déclaré cette chose hallucinante : il faut souhaiter que se forme au plus vite une nouvelle bulle spéculative, la « bulle verte ». Au moment où vient d’exploser littéralement la bulle financière sans que l’on puisse mesurer encore les vertigineux dégâts que cela va occasionner partout sur la planète, ce genre de déclaration péremptoire est proprement insensé.

Consolons-nous de ces insondables inepties en nous persuadant qu’il est heureusement d’autres acteurs et penseurs – sans pouvoir pour le moment – pour qui l’écologie mérite autre chose qu’une bulle spéculative mettant les sociétés à sac quand, immanquablement, elle se dégonfle. Il est temps d’écouter gravement les hommes et les femmes de bon sens et de bonne volonté tout en faisant taire les ignorants et les fous furieux de l’ordre capitaliste en place. Rêvons, cette fois sans limites, de ce recouvrement impératif de la cupidité décérébrante par l’intelligence libératrice.

Yann Fiévet
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