Les fruits sont mûrs

Modérateur: yann

Les fruits sont mûrs

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:10

Les fruits sont mûrs

Aux vergers ensoleillés de M. Sarkozy les fruits arrivent à maturité. La généreuse cueillette tant attendue va pouvoir enfin débuter. La manne éminemment fructueuse que représente la cession aux marchands de sources potentielles de profit, protégées jusqu’ici de leur vorace appétit, va irrésistiblement tomber des cieux providentiels. La vente à l’encan du « bien commun » historiquement construit et profondément ancré dans le couple services publics/protection sociale est programmée pour des temps prochains. La complicité des médias dominants, l’atonie du mouvement social, la trahison de barons ou roitelets de la Gauche  et l’inculture politique ambiante vont précipiter cette exécution capitale.
Le moment est donc venu pour la Droite radicale de satisfaire pleinement les exigences du capitalisme libéral : la protection sociale des salariés est un fardeau bien trop lourd pour la Nation, la gestion privée des risques sociaux sera beaucoup plus efficace. Il s’agit de mettre à bas – évidemment sans le dire - le principe fondamental de cette protection, la solidarité, en même temps que de faire outrancièrement l’apologie de l’efficience de l’entreprise privée. Cette stratégie n’est certes pas nouvelle ; elle est à l’œuvre depuis un quart de siècle. La nouveauté tient dans la grande habileté de M. Nicolas Sarkozy à mettre en évidence, sur un ton mi-patelin mi-péremptoire, des oppositions supposées entre des catégories sociales désignées afin de remettre en cause de prétendus privilèges et avant de poursuivre l’érosion générale des droits des salariés le jour venu. Les étapes successives de ce processus de privatisation du bien commun sont complaisamment – voire servilement – accompagnées par les diatribes enflammées des éditorialistes occupant depuis des lustres le haut du pavé médiacratique. La stratégie du Président de la République et la rhétorique de ses zélateurs – économistes ou journalistes - foisonnent d’erreurs flagrantes et de mensonges caractérisés, tous assénés comme des évidences indiscutables. La diversité des régimes de retraites et le financement de l’assurance-maladie sont deux exemples particulièrement éclairants de la vive accélération de la casse sociale.
La diversité des régimes de retraite est présentée comme une des raisons de la difficulté à financer les retraites en même temps qu’elle permet de désigner injustement à l’animosité populaire les bénéficiaires de règles particulières dans le calcul des droits à la retraite. Le comble du mensonge survient à propos de la question des annuités servant de base à la détermination de l’âge de la retraite et du montant de la pension de chacun. On fait mine de croire que le calcul de l’annuité est uniforme pour tous les régimes de retraites. Nombreux sont les futurs retraités qui pensent probablement que tous les salariés ayant travaillé une année à temps plein se voient attribuer indistinctement une annuité. Rien n’est plus faux que ce truisme qui a servi à l’alignement des salariés de la fonction publique sur ceux du privé lors de la réforme Fillon. Ainsi, il est parfois plus aisé d'obtenir des annuités dans le privé que dans le public. Prenons l’exemple d'une mère de 3 enfants qui décide de travailler 8 ans à mi-temps pour les élever. Si elle est dans le privé, pour obtenir une retraite à taux plein il lui manquera 26 annuités. Si elle est fonctionnaire, il lui faudra travailler 33 années supplémentaires à plein temps. Les fonctionnaires sont-ils toujours de vils privilégiés ? Le prétexte de la diversité cache autre chose…
Un autre prétexte – celui du déficit chronique de l’assurance-maladie – est commodément utilisée pour dissimuler le dessein libéral. La mise en place prochaine de la franchise médicale est présentée comme un dispensable pour la lutte contre le déficit dont la prétendue irresponsabilité des assurés serait la cause principale. On prétend responsabiliser le malade en créant un « reste à charge » dissuasif de l’usage forcément abusif du système de soins. Comme les vraies raisons du déficit de l’assurance-maladie sont ailleurs le déficit va continuer de croître bon an mal an. La future loi prévoyant que les franchises médicales seront régulièrement modulées en fonction de l’ampleur du déficit et que les mutuelles n’auront pas le droit de compenser la franchise, sauf à perdre l‘avantage des exonérations fiscales sur les contrats, le « reste » à la charge des assurés ne pourra qu’augmenter au fil du temps.
Avec le refrain sur la responsabilité on envisage le « soin » comme une banale marchandise. « Nous parlons d'assurance maladie ... Y a-t-il une seule assurance sans franchise ? » (Nicolas Sarkozy - convention santé de l'UMP - 27 juin 2006). En escamotant habilement le mot solidaire, M. Sarkozy considère la protection sociale comme une simple question d'assurance commerciale. Pourtant, la consommation de soins n'est pas une consommation comme les autres, elle est subie et non choisie. Le soin relève d'un projet de société bien avant d’être une marchandise.
Derrière le rideau des prétextes les coulisses s’agitent du bruit des armes que fourbissent les promoteurs des fonds de pensions et les marchands d’assurances privées. Ils n’attendent plus que le lever de rideau pour jouer le dernier acte, celui du triomphe de la voracité financière sur la solidarité bienfaisante.

Yann Fiévet
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