Des Twin Towers à Atocha en passant par Bagdad

Modérateur: yann

Des Twin Towers à Atocha en passant par Bagdad

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:21

Le Peuple Breton – avril 2004 Leurre de Vérité
Des Twin Towers à Atocha en passant par Bagdad

La boucle est bouclée. Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps pour que soit magistralement administrée la preuve de l’impuissance du monde confronté à la « guerre civile mondiale » voulue par le nébuleux archipel du terrorisme moderne. Au cœur de l’impuissance, la puissante Amérique trône, arrogante et pathétique, enivrée par l’immensité de son échec stratégique. Dans « la guerre de tous contre tous », les armées suréquipées sont vouées au désastre. L’attaque de l’Irak l’an dernier et ses périlleuses suites n’ont fait que provoquer le développement des vocations criminelles. Partout des groupuscules dormants et interconnectés rêvent de passer à l’action. Dans toutes les métropoles, la peur s’installe face à un ennemi qui est partout et nulle part. La guerre froide d’autrefois a laissé place à la panique froide (1).
Saddam Hussein est en prison, son peuple est libéré de lui. Nous en sommes bien aise. Ceux qui condamnèrent hier l’intervention américaine n’étaient pas pour autant des défenseurs du régime sanguinaire de Bagdad. Ils doutaient fortement des bienfaits par avance imprudemment annoncés de la stratégie adoptée par la coalition emmenée par l’ « US Army ». Pendant que celle-ci s’enlisait dans un bourbier, largement prévisible, rien n’a été sérieusement entrepris pour combattre les « soldats de Dieu » qui ainsi fourbissent tranquillement leurs armes « artisanales » de destruction massive. Il convenait peut-être que les incrédules fassent le voyage de Bagdad afin d’y découvrir qu’à l’heure de la mondialisation l’antique géopolitique est bel et bien devenue anachronique. Selon Paul Virilio il est grand temps de bâtir la « métropolitique » par laquelle les hommes montreront qu’ils savent prendre la mesure des changements profonds intervenus dans le rapport de l’Homme à l’espace et au temps. Quand « l’équilibre de la terreur et sa déclinaison soft, la dissuasion nucléaire, cède le pas au « déséquilibre de la terreur » caractérisé par l’inconsistance de l’ennemi, il faut user d’intelligence. Pourquoi ne pas commencer par éviter d’emprunter les chemins que les adversaires fanatisés souhaitent que nous empruntions ? Les « fous d’Allah » se frottèrent les mains dès la première minute qui suivit la déclaration de guerre de George W. Bush aux « forces du Mal ». Ils savaient, car telle était leur stratégie, que les « forces du Bien » contribueraient puissamment à leur apporter des combattants neufs.
Face à un ennemi non identifiable parce que non localisable, les Etats-Unis s’inventèrent une cible localisée atteignable par les moyens de la guerre traditionnelle. Cette cible-là fut atteinte, sans gloire ; l’autre, invisible et mouvante, demeure intacte. La nouvelle « armée des ombres » n’a pas, de son côté, l’armée américaine pour ennemie, ni aucune autre armée constituée par un État quel qu’il soit. Son ennemi est l’Homme, donc tous les hommes. Sa guerre est sans fin car elle n’est pas contrainte dans des frontières géographiques ou temporelles. Elle opère où on ne l’attend pas, à n’importe quel moment, avec une « troupe » minimale et des moyens inattendus. A New York et Washington, 19 hommes scratchant des avions ont fait 3000 morts. A Madrid, six hommes ont tués 200 personnes par une utilisation inhabituelle de téléphones portables.
Pourtant, les incrédules gardent la parole. Le terreau le plus fertile de cette armée cosmopolitique n’est surtout pas le désarroi – et encore moins le désespoir – dans lequel sont précipitées des multitudes de femmes et d’hommes par le jeu terrifiant d’une économie marchande chaque jour plus rapide. La preuve que la misère et l’inculture n’ont aucun rapport avec l’existence des nouveaux Barbares tient en ceci : Ben Laden est riche et a fait des études. Alors, nous n’avons rien à craindre d’une poursuite sans frein de la mise en coupes réglées de la planète par la finance internationale et son pilotage sans horizon autre que le profit instantané. La police, devenue enfin efficace, saura bientôt résoudre le problème. Laissons-la travailler sans limites et acceptons que la réduction croissante de nos libertés publiques et privées en soit le prix à payer. Et tant pis si, une fois encore, nous jouons avec virtuosité la partition écrite par l’ennemi de la Liberté.
Faire une société peureuse et segmentée, dans laquelle la quiétude des nantis se mesurera à l’aune de la répression sans failles des « gens de peu », voilà le destin tragique qui nous est promis. Et si c’était cela que les Espagnols, plus ou moins consciemment, avaient rejeté trois jours après l’affreux carnage. Il faut que d’autres peuples, maintenant, réclament une société ouverte et solidaire, dans laquelle les nantis devront leur salut au regard attentif qu’ils porteront aux autres. Belle utopie !

Yann Fiévet
Mars 2004


1 – Paul Virilio, Ville panique. Ailleurs commence ici, Galilée, 2004. .
yann
 
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