Dix ans déjà !

Modérateur: yann

Dix ans déjà !

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:21

Dix ans déjà !

Comme le temps passe ! Voilà l’énoncé d’une étrange banalité pour un billet qui tente, depuis une décennie, de chasser ce penchant si naturel. Oui, cela fait dix ans que mois après mois ce leurre de vérité tantôt agace, tantôt réjouit par le parti pris qui est le sien. Et il va continuer, au plus grand dam de ceux qu’il dérange, pour le bonheur modeste de ceux qu’il contente. Il va continuer puisque son dessein premier est de satisfaire les affligés et d’affliger les satisfaits. Il peut bien durer encore tant le monde qui lui sert de substance ne tourne pas plus rond aujourd’hui qu’à la fin du printemps de l’année 1994.
Quand cette rubrique s’ouvrait alors, cela faisait dix ans que la France avait « négocié » le tournant de la rigueur pour ouvrir une période d’inlassable adaptation aux désastreuses réalités économiques du temps. Dix ans plus tard l’infernal engrenage déroule ses funestes méfaits. Les dégâts annoncés hier se réalisent désormais ou sont à la veille de le faire. Que disent aujourd’hui ceux qui affirmaient hier que pour préserver l’essentiel quelques sacrifices étaient nécessaires. Pour garder notre système éducatif et notre système de protection sociale, il faut de la Croissance. Pour faire de la croissance, il faut déréglementer, déréguler, libéraliser, flexibiliser, privatiser. Mais vous verrez : on ne touchera pas à l’essentiel. Sont-ils toujours aussi affirmatifs ces optimistes d’avant la Chiraquie calamiteuse, ces apprentis sorciers du laboratoire néo-libéral. Les mixtures qui remplissent leurs épouvantables éprouvettes s’attaquent bel et bien à l’essentiel : la capacité des sociétés à rester des sociétés.
Le bilan est désastreux. Peut-on être satisfait de l’accroissement régulier des inégalités de revenus et de patrimoines ? Doit-on être fier de l’augmentation du nombre des « exclus » du travail, du droit au chômage, du logement, du droit à la santé, de l’école, du droit au regard de l’Autre ? Comment accepter que nos prisons délabrées et abjectes incarcèrent toujours plus de délinquants mineurs en âge ou en acte cependant que l’on amnistie sans vergogne les délinquants de la haute finance ? Oui, décidément, les motifs de révolte sont toujours là.
Alors, pourquoi ça ne bouge pas ? Comment la société ne trouve-t-elle pas en son sein les armes lui permettant de combattre ces terribles injustices ? nous avons, ici, maintes fois mis l’accent sur le dramatique émiettement du social et sur la lente mais irrésistible décrépitude du politique. Voilà les deux ingrédients majeurs du désastre annoncé. Le schéma classique selon lequel la clameur sociale pousse le politique à agir ne fonctionne plus. Comment le pourrait-il quand la clameur est devenue si ténue et le politique tellement sourd et insensible aux souffrances des humbles.
Pire, le politique se sert de la souffrance des exclus pour tenir en respect les inclus susceptibles de renâcler face à la dégradation du tissu social. Qui va oser, dans le monde du travail où justement on a encore du travail, affronter le risque d’être jeter dans la marge ? Alors, on accepte tout. Les salaires minables. Les conditions de travail déplorables. Le mépris des supérieurs. Le manque d’attention au sort de ses compagnons d’infortune. La crainte de parler contre. La lutte des classes est terminée. Ce qui en tient lieu c’est la peur des inclus de basculer dans la mauvaise partie de la société. Garder à tout prix sa place du bon côté, même si de ce côté-là se trouvent aussi les nantis qui n’ont toujours rêvé que de cette paix à bon compte..
La crainte ? Tel est le ressort ultime des sociétés démocratiques avancées. Et l’État d’en rajouter en durcissant son arsenal répressif envers ceux que le sort à désigner comme pauvres et en étoffant le maillage de la surveillance tout azimut. On espère bien que le regard omniscient des caméras, l’intrusion dans la vie privée des citoyens tous suspects en puissance, et la « tolérance zéro » pour la petite délinquance auront à jamais raison de l’esprit de révolte.
Et l’on voudrait que le leurre de vérité n’en reprenne pas pour dix ans ?

Yann Fiévet
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