Rentrée

Modérateur: yann

Rentrée

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:22

Rentrée

C’est la rentrée ! Cela fait déjà plus de dix jours que la télé, la radio, les journaux nous bassinent copieusement avec le prix du cartable garni du petit collégien ou du grand lycéen. Chez tartanpion, il vous en coûtera cher. Mais chez Casseprix, vous ferez une affaire. C’est la rentrée scolaire, la seule qui désormais intéresse les médias de masse. Autrefois, ça n’est pas si vieux, ils nous causaient de la rentrée sociale. A l’époque, ils se moquaient comme d’une guigne du prix des cartables. Pendant que la rentrée des classes, malgré tout, se déroulait, ils savaient traiter de l’essentiel. Hélas ! la rentrée sociale n’existe plus pour eux. Existe-t-elle encore pour nous ?
La rentrée sociale était – oui, il semble qu’il faille se résoudre à parler au passé – un moment particulier où se mêlaient la douce nostalgie des vacances révolues et la nécessaire abnégation devant l’obligation de « reprendre le collier ». C’était aussi, pour beaucoup, le moment où, après une détente presque coupable, il fallait retrouver sa vigilance face aux intransigeances patronales. C’était enfin un temps où une bonne partie des salariés modestes pouvait encore partir en vacances suffisamment longtemps pour rompre avec le temps long du travail et où ces salariés-la croyaient toujours au poids du social pour l’amélioration, même minime, de leur sort quotidien. C’est là que l’idée de rentrée sociale prenait vraiment tout son sens et toute sa force. Les médias étaient alors bien obligés d’en parler.
Cette année, plus encore que l’an dernier, la rentrée sera une fausse rentrée. Nous sommes désormais installés dans la continuité de la casse sociale orchestrée par un Premier ministre, impopulaire mais inamovible, docile aux pressions du Medef. Docilité ? Le mot est faible. Servilité convient mieux. Toutes les réformes passent comme lettre à la poste aurait-on dit au temps regretté du service public. La réforme de l’assurance-maladie a été votée sans le moindre remous. On va maintenant pouvoir s’attaquer sans vergogne aux dispositions du droit du travail qui protègent honteusement les salariés. Aucune des anciennes conquêtes salariales ne saurait rester à l’abri du débat. Tout est discutable. Sauf, peut-être les congés payés. Sur leurs lieux de vacances, les salariés savent tout cela et, la résignation l’emportant, attendent la nouvelle averse, la mort dans l’âme pour les plus conscients, l’espoir de s‘en tirer pour les plus individualistes. Ce n’est pas l’escapade chiraco-papiste de Lourdes le jour où l’on fête la Sainte Vierge et toutes les apparitions de celle-ci aux illuminés qui aura pu distraire le peuple d’en bas. C’était pourtant fait pour ça. Et en Mondovision grâce au « service public » de la télévision française. Soyons-en fiers !
Grâce à la télévision les Français savent aussi que leurs dirigeants ont un sens aigu du devoir. Ils prennent peu de vacances. C’est la fonction qui l’exige. Cela n’est pas nouveau, pas de quoi en faire un plat. Mais, les journalistes politiques, soigneusement cornaqués par les services de communication ministériels, ont abondamment insisté sur le fait que MM Raffarin et Sarkozy ne partaient pas en villégiature les bras ballants. Ils ont emportés de lourds dossiers car, même en vacances, ils travaillent d’arrache-pied. Des dossiers lourds de menaces, nous n’en doutons pas. Ce que ces journalistes politiques – on a vraiment du mal à les nommer encore ainsi – ont oublié de nous dire, c’est si le ministre de l’Économie et des Finances passerait ses laborieuses vacances avec le numéro deux du Medef, son propre frère. Ils ne se sont probablement pas posés cette question qui n’a évidemment rien de politique. La curiosité a tout de même des limites.
Il n’y aura donc aucun temps mort à la rentrée. Nos gouvernants – encore un mot vidé de son sens – seront fin prêts. Courbons l’échine afin d’adoucir un peu la douleur. Pour ceux qui espèrent un vrai changement en 2007, encore deux rentrées calamiteuses à essuyer. Les , sceptiques, à qui on ne saurait reprocher leur doute douloureux, ne savent pas, quant à eux, en quelle année prendra fin le grand bond en arrière social. Ce que nous savons, en revanche, avec certitude, c’est que le mal de vivre et la désespérance des plus démunis vont faire un nouveau bond en avant. Tout comme, probablement, le nombre de ces démunis. Les médias le dénonceront-ils ?

Yann Fiévet
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