Le monde est fou !

Modérateur: yann

Le monde est fou !

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:28

Le monde est fou !

A ceux qui prétendent sans honte – et sans être sérieusement démenti par la quasi totalité des médias – que le monde est désormais transparent (1), nous pouvons donner raison. Le monde de ces gens, qui hélas est aussi le nôtre, est transparent de folie. Pour s’en persuader il n’est que de revenir sur le scandale Enron. On y verra tous les symptômes de la maladie mentale qui frappe le capitalisme financier. Le drame, c’est que les victimes ne sont pas les malades qui tirent les ficelles mais les « gogos-bon-gré-mal-gré » qui ont cru à la transparence proclamée.
Enron Corporation, septième firme américaine du secteur de l’énergie, affichait il ya peu de temps encore un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars. Aujourd’hui, c’est fini. La faillite est irrémédiable. En quelques semaines, le cours de l’action de la firme a été divisé par 133, passant de 40 dollars à 30 cents. L’épargne des salariés d’Enron placée dans le fonds de pension créé par les dirigeants de la firme, a fondu plus vite que neige au soleil, en même temps que la perspective d’une retraite décente. Ils sont ruinés ! Mais, une fois de plus, le proverbe qui veut que le malheur des uns fasse le bonheur des autres, apporte aux laudateurs du système un réconfort ne pouvant que les inciter à garder le cap vers un horizon, certes inconnu, mais évidemment prometteur. Les principaux dirigeants de la firme incriminée – pour ne pas dire criminelle – vendirent leurs titres juste avant que l’affaire ne tourne mal. Ils purent alors, probablement dans une folle gaîté, se partager un milliard de dollars. Veinards ou salauds, tout dépend de quel côté du manche on se tient.
L’entreprise était au service de l’escroquerie. En cela rien de bien nouveau. On en a vu d’autres, et des plus savamment orchestrées. Là n’est pas la folie. Où alors ? Dans le fait que cette firme était considérée unanimement comme la préfiguration de l’entreprise de demain, l’entreprise d’un type nouveau aux méthodes de gestion des capitaux et des hommes particulièrement inventives. Sa comptabilité était saluée pour ses aspects révolutionnaires. Son patron était vénéré, à l’intérieur comme à l’extérieur, en véritable gourou. Et tout cela, on le sait maintenant, au bénéfice d’une vulgaire escroquerie. Ici, il faut poser la question essentielle : comment, indépendamment de l’escroquerie révélée au grand jour, la duperie générale sur la réalité de la firme est-elle possible dans un monde si transparent ?Il y faut plusieurs ingrédients, dont certains ont doucement mijotés depuis vingt ans sur les feux du néolibéralisme triomphant. D’abord, il a fallu que devienne naturel le fait qu’une entreprise de production s’engage sans cesse davantage dans la finance et le boursicotage avec l’aval inconditionnel de ses salariés. Ensuite, il a fallu que les salariés – et cela bien au-delà des frontières d’Enron – dont on a depuis longtemps organisé l’insuffisance du revenu par le travail trouvent normal qu’une part croissante de leurs ressources dépende de la bourse et des marchés financiers. Enfin, il fallait la caution des analystes financiers, celle qu’apportaient régulièrement les société de notation et des cabinets d’audi, tel celui d’Arthur Andersen. Tous certifiaient, en notant très haut Enron, la sûreté de l’entreprise. Devait-on douter de ces éminents spécialistes qui ont pignon sur rue ? Oui, raisonnablement, il aurait fallu en douter car ils ont surtout pognon sur rue par les liens étroits qui les unissent commercialement et financièrement aux grands patrons. Ils vivent des services qu’ils leur rendent. Pourquoi voudrait-on qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont confortablement assis ?
La duperie est autrement plus ample quand on commet l’erreur funeste de voir dans le cas Enron une simple bavure produite par un système resté parfaitement sain d’esprit. C’est bel et bien la logique globale et profonde du capitalisme dans sa version ultralibérale qui est en cause. Le développement sans contrôle des marchés financiers sur lesquels s’échangent des produits toujours plus risqués ou de provenance douteuse fait peser des menaces certaines sur le sort d’un nombre croissant d’individus. Nous avons affaire, en la circonstance, à un nouvel avatar de la confiance immodérée en la Technique. La technique dans sa dimension financière ne peut que résoudre l’ensemble des maux de l’humanité pour peu que l’on laisse les coudées franches à ceux qui connaissent bien le Marché. Un seul petit ennui demeurera : le marché ne se laisse pas connaître. Il est perpétuellement mystérieux car il est un éternel recommencement. Messieurs les gourous, il va falloir qu’un jour prochain les peuples vous balaient, vous et votre destructrice folie.

Yann Fiévet
Février 2002


1 – Cette affirmation est devenue le credo du patron de Vivendi-Universal. On pourra lire à ce propos notre « Leurre de vérité » de septembre 2001 intitulé « L’univers sale de Vivendi ».
yann
 
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