Une chance pour la France

Modérateur: yann

Une chance pour la France

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:29

Une chance pour la France

L’Autriche, avant-hier ; l’Italie, hier ; la France, aujourd’hui… L’Europe entière est gagnée par la progression de l’extrême-droite et la banalisation de son discours. Contrairement à l’Autriche et à l’Italie où ce courant est parvenu au pouvoir sous des oripeaux cachant mal sa véritable nature, la France laissera à l’écart du pouvoir exécutif la terrible menace. On aurait grand tort néanmoins d’ignorer la portée de ce coup de semonce qu’il serait trop facile d’expliquer par l’abstention – certes honteusement élevée et dommageable – ou la pléthore de candidats au premier tour. Le recensement des erreurs à ne pas commettre tant dans le jugement concernant la signification du scrutin de ces élections présidentielles que dans le choix des postures à venir est un préalable pour faire de l’avatar sinistre une chance à saisir sans barguigner.
Il convient de prendre le vote en faveur de l’extrême-droite pour ce qu’il est : bien autre chose qu’un vote protestataire. Qui peut encore sérieusement dire ne pas savoir qui est vraiment le chef du front national et ce qu’il incarne de menaces lourdes pour les libertés ? Si quelques égarés sont suffisamment incultes pour voter sans savoir, affirmons que la grande majorité de ces voix-là sont claires et avisées. Doit-on s’en étonner au regard de l’Histoire ? N’y a-t-il pas, depuis la Révolution française, toujours eu deux France ? Celle de Robespierre, de Blanqui, de la Commune, du Front populaire, de la Résistance, des porteurs de valises, de Mai 68. Mais aussi celle des contre-révolutionnaires, de Napoléon, de la Restauration, de Thiers, de l’Affaire Dreyfus, du Comité des Forges, de Vichy, du poujadisme, des guerres d’Indochine et d’Algérie, de l’OAS. C’est cette seconde France qu’il faut à nouveau museler, et cela bien au-delà de la victoire à la Pyrrhus du président sortant qui, hélas, n’est pas sorti.
Le renouvellement du bail du locataire de l’Élysée n’est justifié que par la nécessité de contenir une menace plus forte que celle qu’une droite défendant ses intérêts exclusifs continuera de faire peser sur les moins favorisés. Charitablement maintenu dans ses meubles, ce locataire ne devra pas oublier que c’est bel et bien la droite, toutes tendances confondues, qui a perdu le plus de voix au premier tour par rapport à 1995. Tous comptes faits, il n’a recueilli sur son nom à ce même premier tour que 14% des inscrits. Quelle gloire ! Enfin, il est là, on le garde. Pour être plus sûr qu’il n’oublie rien, il faudra une vraie gauche, issue d’un mouvement social vigilant et combatif, restant à reconstruire.
Quand la droite n’écoute pas les plus démunis, elle est dans son rôle historique. Mais, quand la gauche fait de même… Elle trahit les idéaux qui fondent la gauche. Elle n’est tout simplement plus la gauche. Elle n’est tellement plus la gauche, qu’elle ne reconnaît pas même – ou fort timidement – cette évidence. Elle n’est pas présente au second tour des Présidentielles ? A qui le doit-elle profondément, si ce n’est à elle-même ? On n’aura pas la cruauté de dresser ici la litanie des sacrifices de la gauche gouvernementale sur l’autel de la politique néolibérale, cet accompagnement sans critique du capitalisme dominateur. Des Fonds de pension pièges à cons aux emplois-jeunes-bouche-trous sans avenir en passant par les 35 heures loupées faute de courage politique, la strausskhanisation de cette gauche-là en aura détruit des espérances qui au mieux se seront réfugiées dans l’extrême-gauche, au pire se seront abîmées dans l’abstention.
L’abstention ! Si elle ne saurait tenir lieu d’explication principale du drame, c’est pourtant sur elle qu’il faut rebondir. Quand près de trois électeurs sur dix ne vont pas aux urnes lors du scrutin le plus prisé d’habitude, on ne peut accuser, sans friser le ridicule, les vacances ou les sondages. L’abstention est devenu désaffection. Nombreux sont les électeurs potentiels qui croient – ont-ils tort de le croire ? – que les hommes politiques n’ont plus prise sur rien. Ce que le chef de l’État et le chef du gouvernement français ont signé à Barcelone lors du dernier sommet européen en mars 2002 en matière d’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie et en matière de retraites va à l’encontre de ce qu’ils continuent de déclarer chez eux. Tout le monde a désormais compris que les textes européens l’emportent le plus souvent sur les stratégies nationales. Et si le citoyen en avait assez de n’être consulté que pour élire ses représentants. S’il souhaitait donner son avis sur les grandes questions du temps et pouvoir contrôler le travail des élus. C’est bien la Vè République qui agonise sous nos yeux, celle qui suppose que l’élection suprême correspond à « la rencontre d’un homme avec la Nation », celle dont la Constitution proclame que le chef de l’État est irresponsable, donc inattaquable, durant son mandat. Le moment est venu d’ériger la VIè République substituant à la démocratie représentative la démocratie participative faite, entre autres choses, de référendums locaux et de Conférences de citoyens. Une République ouverte, digne, déjacobinisée.
Le sursaut contre l’extrême –droite - et ce qu’elle représente comme intolérance, comme négation des cultures et de la Culture - doit rencontrer le désir de reconstruire la gauche et plus largement le politique. Les jeunes, qui semblent sortir de leur léthargie, devront-nous y aider. Il ne faut pas se contenter de faire en sorte que le 21 avril ne soit « qu’un détail de l’Histoire » ; il faut inscrire dans l’Histoire la renaissance du politique. Sinon, demain…

Yann Fiévet
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