Guerre permanente

Modérateur: yann

Guerre permanente

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:31

Le Peuple Breton – octobre 2002 Leurre de Vé rité
Guerre permanente

Il devient clair que le 11 septembre est déjà devenu une date dont il n’est plus nécessaire de mentionner le millésime. L’évènement ainsi mythifié deviendra bientôt – mais en pleine lumière, cette fois – ce qu’il est en fait depuis son origine : un alibi servant à justifier la volonté de puissance des Etats-Unis. Après avoir « délivré » l’Afghanistan, George Bush Jr rêve de faire ce que son père n’a osé faire en 1991 : liquider Saddam Hussein. On aurait grand tort de ne voir là qu’un règlement de dette ancienne pour solde de tout compte. Il s’agit bien plus d’une vision terrifiante du monde dont les racines ont près de soixante ans et qui n’est pas du seul fait de l’oncle Sam.
L’Administration Bush, celle qui se met en ordre de marche – pour ne pas dire de bataille – au début de l’année 2001, est de par sa composition une « équipe » faite pour la guerre. De nombreux observateurs l’avaient souligné à l’époque. Ils étaient beaucoup moins nombreux à s’en souvenir huit mois plus tard quand nous étions tous devenus des Américains (1). S’il ne peut être question un seul instant d’édulcorer en quelque manière que ce soit l’horreur que constituèrent les attentats de New York et Washington, il faut se rendre à l’évidence en reconnaissant qu’ils offraient aux Etats-Unis un prétexte inespéré. Désormais, toutes les actions menées à l’extérieur – mais aussi à l’intérieur – des Etats-Unis seront susceptibles de trouver leur légitimité dans la sacro-sainte date. Bien qu’aucune preuve sérieuse n’existe à ce jour du lien entre le régime irakien et les réseaux Ben Laden, c’est au nom du principe de guerre totale élaboré très vite après le 11 septembre 2001 qu’une nouvelle attaque de l’Irak est fortement envisagée.
Lors d’une telle offensive, le souci de ménager la population du pays sera beaucoup moins ardent qu’au moment de la campagne afghane. L’embargo qui affame les enfants irakiens depuis maintenant plus de dix années a démontré à l’envi l’insensibilité des opinions publiques occidentales. On peut y aller ! Les militaires américains sont fins prêts que ce soit au plan de la doctrine géostratégique que sur celui des armes à tester grandeur nature. La définition de la nouvelle ligne stratégique du Pentagone est sans ambiguïté aucune : elle donne à l’armée américaine le droit d’intervenir, au nom de la défense de la liberté, partout où celle-ci est menacée. Évidemment, c’est le justicier et lui seul qui détermine ce qu’est la liberté des autres et à quel moment elle est menacée. Pour ce qui est des armes, il sera tentant d’essayer la nouvelle bombe E. Mise au point à partir des techniques du four à micro-ondes, elle est d’ores et déjà considérée comme la bombe propre. Elle ne détruit rien d’autre que la vie en faisant monter à cinquante degrés la température du sang des personnes qui y sont exposées. L’avantage suprême, outre que toutes les infrastructures restent intactes, tient au fait que le théâtre de l’attaque n’est en rien contaminé et ainsi la santé des troupes de l’envahisseur-libérateur est préservée.
Cependant, on commet une erreur si l’on incrimine la politique américaine et seulement elle. Les Etats-Unis trouvent trop souvent des alliés, certes plus passifs que réellement actifs, pour qu’ils soient systématiquement présentés comme les seuls va-t-en-guerre. Il faut dénoncer la politique de ce pays sur le terrain des principes sans céder à la tentation de l’anti-américanisme si cher aux intellectuels français depuis cent-cinquante ans. Souvenons-nous que dans les années 1930, des hommes tels que Georges Duhamel – souvent brillant par ailleurs – voyaient dans la société américaine, déjà fortement technicisée, la menace suprême pour le monde. Pendant qu’ils regardaient vers l’ouest, se forgeaient dans leur dos de terribles menaces qui très vite engloutirent l’Europe. Le péril n’est pas toujours lointain. Signalons que la France possède elle aussi la bombe E. La seule différence avec les Etats-Unis, peut_être, réside dans le fait qu’elle ne se cherche pas en permanence des ennemis. Pourtant, elle en aura demain si rien de tangible n’est fait pour remédier au déséquilibre de la planète. Et l’Europe ? Elle est honteusement faible. L’arrangement piteux qu’elle vient de passer avec les Etats-Unis à propos du tribunal pénal international (TPI) en dit très long sur l’impuissance politique du vieux continent. On est d’accord pour que les diplomates et soldats américains ne soient jamais traduits devant le TPI en raison d’une immunité que leur seul statut d’Américains leur confère ! Et George Bush de parler de liberté, de justice.
Le concept de guerre permanente ne signifie pas que les manifestations de la guerre sont permanentes mais que sa menace plane en permanence. Günter Anders, dans son ouvrage majeur intitulé L’obsolescence de l’homme, traduit en français cette année seulement (2), montre bien comment l’invention de la bombe atomique et son largage au-dessus de Hiroshima en août 1945 a définitivement changé le rapport de l’hommd au monde, donc la nature même du sens de l’humanité. En passant très vite du génocide voulu par les « industriels » de la « solution finale », au globocide potentiel que constitue la guerre atomique totale, l’homme sait qu’il détruira un jour l’humanité. La dissuasion par la détention de l’arme atomique n’est qu’un leurre pour le philosophe allemand. C’est probablement ce qu’avait compris le pilote de l’avion survolant Hiroshima. Il ne supporta pas d’être traité en héros, de ne pas être jugé pour ce qu’il considérait être sa culpabilité. Il devint voleur pour aller enfin en prison et fut envoyé à l’asile par l’armée. Un bel exemple de mauvaise conscience que beaucoup de nos hommes politiques devraient méditer. Il est vrai qu’ils ne pilotent que des stratégies hautement informatisées et télécommandées, pas des avions. Et George Bush Jr de dormir en paix.
Yann Fiévet
Septembre 2002


(1) Pour paraphraser le titre de la une du Monde signée Jean-Marie Colombani.
(2) Günter Anders, L’obsolescence de l’homme. L’âme humaine à l’époque de la seconde révolution industrielle (tome 1), L’encyclopédie des nuisances, 2002. Espérons que le tome 2 sera bientôt disponible.
yann
 
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