Messier l’Amerloque

Modérateur: yann

Messier l’Amerloque

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:32

Messier l’Amerloque

Tandis que l’Occident mythique est occupé à traquer les terroristes et supposés tels par lesquels il croit être globalement menacé, d’autres hommes sont loués pour leurs prouesses impériales dans le domaine des affaires économiques et financières érigées en valeurs suprêmes bien que représentant la véritable menace pour l’humanité. Parmi ces hommes « planétaires », Jean-Marie Messier devrait dans les années à venir incarner à merveille, d’une part la réussite fulgurante permise par un monde uniformément marchandisé et d’autre part, le mépris de l’homme et de sa culture sauf quand elle est américaine. Pour lui, 2001 aura été avant tout l’année de l’odyssée de l’espace américain.
Ces derniers mois, cet homme a par deux fois frappé la diversité culturelle en lui substituant la force implacable de l’  « american way of life ». Il a tout d’abord décidé que désormais l’ensemble des comptes du groupe Vivendi Universal seront tenus et publiés en anglais y compris pour les filiales du pays d’origine dudit groupe, la France. Ainsi, il fait plus que sacrifier au simple souci d’efficacité du travail même si l’argument avancé est celui-là. Si la substitution des langues diverses des dirigeants de l’ensemble des filiales de Vivendi par la langue planétaire qu’ils parlent le plus souvent fort mal sans que cela ne les empêche de chercher à épater la galerie, est à l’évidence un acte grave d’agression contre des cultures, acte perpétré par ou avec la complicité des porteurs de ces cultures.Mais, cette substitution de langues cache autre chose. Elle permet d’introduire des concepts de gestion des firmes n’ayant pas dans l’univers des affaires anglo-américain la même définition et donc les mêmes conséquences que les concepts faussement comparables de la gestion en Europe continentale. En fait, il s’agit d’accroître encore le poids de l’actionnaire dans les stratégies de la firme transnationale. Pour ce coup de maître, Jean-Marie Messier s’est vu décerner le Prix de la « Carpette anglaise » qui récompense chaque année un individu ayant particulièrement œuvré pour le progrès de la langue de Shakespeare que ce dernier, du haut des cieux, ne reconnaît probablement plus. Encore bravo à l’heureux lauréat !
Le second exploit du héros tient au renforcement de l’outil de diffusion des images et de tout ce qui s’y rattache grâce au rachat de USA Network. Le vrai visage de la stratégie de Vivendi Universal apparaît enfin aux yeux de tous : écraser les cultures locales spécifiques sous le flot continu et incommensurable d’une culture de masse uniformisante car standardisée. En 2000, quand Vivendi rachetait le canadien Seagram, propriétaire de Universal, le boss tenta de faire croire aux moins naïfs que le cinéma français trouverait désormais sa place outre-Atlantique. Il y eut des journalistes, bien imprudents, pour saluer ce coup de génie. Moins de dix-huit mois plus tard, c’est l’inverse qui s’annonce : le cinéma américain déjà écrasant va le devenir plus encore par l’utilisation massive de tous les canaux de diffusion de l’image. C’est tellement évident que Jean-Marie Messier n’hésite pas un instant avant d’abattre sa dernière carte : « L’exception culturelle française ou européenne est une ânerie. » Vive la potterisation des esprits. Et vive le monde hollywoodisé !
Le péril est grand. La déréglementation du marché européen de l’image prévue pour 2004 fera des magnats de la communication que sont Silvio Berlusconi ou Ruppert Murdoch des alliés objectifs du nivellement culturel par le bas. Ils disposeront enfin de moyens pour concurrencer le génial gestionnaire installé désormais sur Park Avenue et cela sur son terrain, celui de la médiocrité incarné par le « moins-disant culturel » gage de débouchés massifs. Voilà ce qui survient quand la production et la diffusion de la culture ne sont plus du tout maîtrisées par des hommes de culture mais par des hommes d’affaires incultes. L’art du commerce s’est mis au service du commerce de l’art pour ne garder de l’art que ce qui se vend en masse. Il s’agit bien là d’une terreur qui n’ose dire son nom. Où sont les forces qui l’arrêteront ? Elles sont occupées ailleurs .

Yann Fiévet
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