C’est pas l’Amérique !

Modérateur: yann

C’est pas l’Amérique !

Messagepar yann sur Lun 28 Avr 2008 15:32

C’est pas l’Amérique  !

L’Amérique, ainsi abusivement dénommée, celle de l’oncle Sam, a terminé le siècle en se ridiculisant comme aucun scénariste, aussi moqueur et iconoclaste soit-il, n’aurait osé l’imaginer. Les Américains, qui croient être les seuls à porter ce nom, font, nous dit-on, contre mauvaise fortune bon cœur. Ils ne sont pas vraiment sûrs que le vainqueur déclaré des Présidentielles soit le vrai vainqueur, mais tant pis, il faut songer à l’avenir. Justement, l’avenir le plus proche devrait marquer la revanche de la première – chronologiquement au moins – démocratie moderne. Comment, mieux que par la force, montrer que l’on est toujours le maître et ainsi espérer pouvoir effacer le ridicule ? Le monde n’a qu’à bien se tenir, à commencer par l’autre Amérique, la latine.
La force ? Oui, la force ! Mais, pas nécessairement la force militaire. Accessoirement, même. Il en existe une autre, apparemment plus douce, mais terriblement plus efficace, pour asseoir une domination sans failles : la force du marché organisé par et pour les firmes transnationales dont les principales sont nord-américaines et les autres totalement acquises aux principes de gestion des premières. On mesure mal en Europe l’emprise terrible de l’économie de l’Amérique du nord (n’oublions pas le Canada) sur celles des Amériques centrale et du sud. Le phénomène n’est certes pas récent mais connaît aujourd’hui une accélération rapide du fait des avatars de ce que l’on appelle trop rapidement mondialisation quand il ne s’agit que de démantèlement ou de rachat d’activités locales au service des firmes transnationales les plus puissantes.
Déjà la quasi totalité de l’industrie de l’Argentine est aux mains des firmes américaines avec le concours indéfectible de « l’un des meilleurs amis de Washington », le président corrompu Carlos Menem. Le Mexique, lui, souffre dramatiquement des conséquences de l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain signé il y a plus de dix ans entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique). Par quelle malhonnêteté peu-on d’ailleurs parler de libre-échange entre deux pays aux niveaux de développement si éloignés ? Nulle part au monde, le riche nord et le pauvre sud ne sont séparés que par la largeur d’un fleuve, en l’occurrence le Rio Grande. Que devait-il immanquablement advenir ? De larges pans de l’activité économique locale périclitent, libérant une main d’œuvre qui s’entasse dans les maquiladoras où elle travaille « à bon marché » pour les firmes US qui n’ont qu’à rapatrier, à faibles coûts de transport, les marchandises fabriquées au mépris des règles les plus élémentaires du droit du travail.
La stratégies des firmes géantes est double dans les pays du sud. Exploiter une main d’œuvre à bas prix et peu ou pas organisée d’une part, et d’autre part transformer la nature de la demande locale pour quelle ressemble le plus possible à celle des pays du nord. Pour que la seconde stratégie soit payante, il faut un marché potentiel suffisant. C’est notamment le cas au Brésil, le pays du sud certes le plus inégalitaire, mais où les couches aisées de la population offrent des débouchés conséquents. Par ailleurs, le potentiel industriel du Brésil intéresse grandement les firmes du nord. C’est ainsi que l’entreprise aéronautique canadienne, Bombardier, souhaitait prendre le contrôle de son homologue sectoriel, le brésilien Embaer. N’y étant pas parvenue, la firme canadienne obtint néanmoins que le Brésil soit condamné pour entraves à la liberté du commerce ! Et qui peut bien prendre une telle décision et la faire appliquer ? L’OMC, évidemment, qui est non pas l’Organisation mondiale du commerce mais l’agent le plus efficace de l’organisation commerciale du monde.
Quant aux pays les plus modestes de cette région du monde, chasse gardée incontestée des Etats-Unis, ils sont davantage encore sous domination américaine, le stade ultime semblant être la dollarisation. Ainsi, que doit-on penser de L’Equateur qui vient d’abandonner le sucre pour prendre comme monnaie « nationale » le dollar et sa célèbre devise, « In God we trust » (1) ? Il arrive en effet, parfois, que l’on n’est plus rien d’autre à faire qu’à remettre son sort entre les mains de Dieu ! A moins qu’il ne s’agisse des mains de « l’Amérique bien pensante », celle qui a notamment fait fortune et assis son pouvoir sur le pétrole et qui remet aujourd’hui en cause des avancées sociales incontestables. On ne supporte pas l’avortement mais les mineurs ont droit, comme les grandes personnes à la peine de mort !
Non, décidément, il n’est pas convenable de parler de mondialisation. Il s’agit bien plutôt de l’américanisation du monde. Un maître, ça ne fait pas que commander, ça aime aussi donner des leçons. Est-on si sûr que les leçons qui nous viennent du « Nouveau monde » doivent être écoutées ? Fort heureusement, de plus en plus d’élèves, traités pour l’instant de cancres, refusent d’en entendre davantage et commencent sérieusement à organiser la révolte. Ils savent qu’il faut refaire l’Amérique (2).

Yann Fiévet
Janvier 2001


1 – Nous avons confiance en Dieu.
2 – Suite dans notre prochain numéro.
yann
 
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