Prémices d'une reconquête

Modérateur: yann

Prémices d'une reconquête

Messagepar yann sur Sam 3 Mai 2008 15:12

Prémices d’une (re)conquête


Le début du XXIè siècle pourrait bien marquer l’amorce d’un tournant dans l’histoire du capitalisme. En janvier dernier, s’est tenu à Porto Alegre le premier Forum social mondial, réponse marquante au Forum économique mondial de Davos. Douze mille militants, venus des quatre coins de la planète, vinrent donner le premier coup de semonce au néolibéralisme en affirmant, par les travaux de centaines d’ateliers, la volonté de remettre l’économie à la place qu’elle n’aurait jamais du quitter : être au service de la société au lieu de soumettre celle-ci à ses exigences toujours plus inhumaines. Tous ces travaux avaient la même ambition : démontrer qu’ « un autre monde est possible », titre a priori utopique du forum tout entier. Quels sont les enseignements à tirer de cet événement majeur ? Quels prolongements lui donner ?


Est-il besoin de rappeler le contexte dans lequel s’est ouvert le forum de Porto Alegre ? Quelques repères, peut-être… La logique implacable du marché de plus en plus affranchi du contrôle des pouvoirs publics a fini par livrer la planète entière aux appétits des firmes multinationales et à leurs stratégies financières déconnectées de toute base sociale ou nationale. Partout, on privatise les entreprises du domaine public. Partout, on démantèle les services publics par transfert aux intérêts privés, y compris quand la mise en concurrence internationale n’a aucun sens (santé, éducation) si ce n’est celui d’offrir de nouveaux débouchés et de nouvelles perspectives de profit à la production marchande. Partout, on grignotte, avant de laminer demain, les systèmes de protection sociale. En somme, partout on privatise les profits et on socialise les pertes. Des pans entiers de la vie des hommes ou de la nature, jusque là tenus à l’écart de l’économie marchande, sont désormais mis en coupe réglée par la firme mondialisée. Ainsi, les biens culturels sont devenus des marchandises comme les autres, on enferme les trésors de la bio-diversité dans le juteux carcan des brevets… Tous ces méfaits se déroulent sur fond de déséquilibre Nord-Sud qui ne peut, dans de telles conditions, que s’accentuer tout comme progressent les inégalités au sein des sociétés des pays riches. Les trois individus les plus riches de l’humanité possèdent un patrimoine équivalent au Produit Intérieur brut cumulé des quarante-six pays les plus pauvres du monde. Les cent personnes les plus fortunées de la Terre disposent d’une richesse égale à celle de la moitié de l’humanité la plus pauvre, soit trois milliards d’hommes. En France, le salaire net mensuel médian sous lequel la moitié des salariés est rémunérée est de 7 000 francs . Un tel monde peut-il durer ?
A Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, province du Brésil dirigée par le Parti des Travailleurs, toutes les femmes et tous les hommes réunis par le même enthousiasme rejetèrent cette vision apocalyptique du monde que nous imposent les maîtres du jeu économique et les tenants de la doctrine néo-libérale, seule doctrine sérieuse à en croire ceux qui semblent avoir définitivement renoncé à faire fonctionner leur imagination. Le ressort de cet enthousiasme ? Le désir, partout affirmé – bien que souvent réprimé -, de prendre son destin en main et d’agréger toutes ces volontés individuelles pour en faire une force collective dont il ne sera pas possible d’ignorer la parole. Ce travail, immense, sera long. Ce premier forum ne pouvait qu’en jeter les bases inachevées et pourtant déjà crédibles.Les parlementaires du monde entier présents dans cette la brésilienne où le budget annuel participatif est élaboré avec la population, adoptèrent une motion par laquelle ils réclament l’effacement de la dette des pays du Sud, l’instauration de la taxation des transactions financières internationales, une profonde réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui pour lle moment n’est rien d’autre que l’organisation commerciale du monde.
On peut qualifier la démarche entreprise – qui en fait prolonge, par la réflexion élaborée, les évènements de Seattle ou de Nice – de joyeuse utopie. Les participants du forum social de Porto Alegre étaient en effet fort joyeux et ouverts au monde quand ceux du forum économique de Davos étaient, au même moment, barricadés et nous apparaissaient tellement sinistres. Quand à l’utopie, elle est indispensable face aux délirantes certitudes des libéraux. La démarche impulsée là doit être tout à la fois dénonciatrice et constructive. C’est probablement l’articulation équilibrée de ces deux aspects qui marque la plus grande difficulté. D’abord dénoncer toutes les circonstances où la recherche effrénée du profit a pour effet de mettre en péril la cohésion sociale et de traiter l’homme comme une matière première sans cesse adaptable aux aléas des déplacements du capital.Mais, cela ne peut suffire. Il faut construire une pensée rigoureuse démontrant qu’un autre modèle peut exister et remplacer le néo-libéralisme. Modèle ne veut évidemment pas dire système devenu enfin parfait pour l’humanité et les sociétés qui la composent mais système de référence toujours perfectible en regard à des orientations et des valeurs élaborées et discutées par les citoyens du monde en tenant compte des spécificités istoriques et culturelles de chaque société.
Bien sûr, il est déjà possible de fixer quelques principes fondamentaux de ce modèle en devenir. Tout d’abord un principe de gouvernement élémentaire : quand l’économie est largement planétarisée, sa régulation au service des hommes doit l’être également. Les organisations internationales (FMI, Banque mondiale, OCDE, OMC…), dont le fonctionnement opaque sert essentiellement les intérêts des nations les plus riches et les firmes transnationales qui en sont issues, doivent être profondément transformées pour ouvrir droit à la parole citoyenne sur les affaires du monde. C’est à ce prix que la logique de l’accroissement des inégalités de développement pourra être inversée. Ensuite, un principe de gestion financière : quand l’économie réelle (celle de la production des biens et services en réponse aux multiples besoins humains) est subordonnée à l’économie financière (celle des mouvements de capitaux spéculatifs, il est impératif de mettre fin aux paradis fiscaux et de taxer les transactions financières internationales. Ainsi, une manne qui fait aujourd’hui cruellement défaut pourra alimenter le financement de projets socialement utiles au Nord comme au Sud. Enfin, un principe de précaution : tout le produit de l’activité humaine et toutes les richesses de la nature ne peuvent être livrés aux marchands mais doivent rester des biens universels à la disposition des collectivités. Il doit en aller ainsi des gènes contenus par la bio-diversité. Ne brevetons pas le vivant, surtout quand il s’agit de piller la richesse biologique des pays pauvres Ne croyons pas les « pharmaciens » qui prétendent agir pour régler le douloureux problème de la faim dans le monde ou soigner les maladies endémiques du Sud. L’exemple du riz transgénique qui protégerait de la cécité les enfants d’Afrique est dans toutes les mémoires !
Un vaste chantier s’est ouveert à Porto Alegre. Il lui faudra toutes les énergies, y compris les plus modestes. Tous les efforts seront les bienvenus pour permettre la transmission aux générations à venir d’un monde meilleur, plus juste, tout simplement plus humain. Oui, un autre monde est possible !

Yann Fiévet
Le Peuple Breton , juin 2001
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