Réenchanter le politique

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Réenchanter le politique

Messagepar yann sur Lun 5 Mai 2008 11:42

REENCHANTER LE POLITIQUE

Des engagements multiples à l’engagement citoyen


Par Yann Fievet, membre du groupe festival Images mouvementées, Président du comité Attac Val d’Oise sud est, Vice-président d’Action Consommation.

Ce texte introduit la 4e édition d’Images mouvementées, le festival de cinéma d’Attac, sur le thème « Politique, l’à-faire de chacun ».
Du 27 avril au 1er mai 2006 au Grand Parquet Paris 18e.


Un quart de siècle après « le tournant libéral », le constat est amer : la dislocation sociale et le désenchantement politique s’entretiennent mutuellement
dans une irrésistible spirale. La gravité de cette crise souvent analysée et rarement reconnue pleinement est encore amplifiée par l’absence de perspectives
qui permettraient à la plupart des hommes d’espérer un avenir meilleur. Dans ce contexte, la ruse et la force d’une minorité de « bien lotis » l’emportent
fatalement sur la crainte et la faiblesse de la majorité des « mal placés ». Une part croissante des citoyens est désormais résignée. Le fait que les soubresauts
du mouvement social ne parviennent plus à s’incarner dans l’action politique véritable, celle du sens de l’intérêt collectif, explique largement cette
dramatique résignation. Cependant, le découragement n’est pas total. Partout, la société bouge dans de multiples démarches de (ré)appropriation des espaces
perdus ou à sauvegarder avant qu’il ne soit trop tard.

On connaît les ingrédients du désastre annoncé. Pêle-mêle ils s’entrechoquent : autoritarisme d’un pouvoir illégitime habile à masquer son illégitimité,
populismes prompts à récupérer les mécontentements légitimes, intégrismes nourris du terreau de l’inculture consciemment entretenue. On ne peut se résoudre
à de telles extrémités. Certains, arguant du principe selon lequel ce qui est légal n’est pas nécessairement moral, choisissent la désobéissance civile.
D’autres, optent pour des voies détournées par lesquelles ils espèrent reconstruire l’action politique. D’autres encore inventent de nouvelles pratiques
destinées à transformer à terme les structures sociales et politiques par un changement profond des mentalités individuelles et collectives. Sur la toile
de fond de la mondialisation où les règles de la finance totalitaire le disputent aux stratégies des firmes planétaires, ses taches d’espoir en un autre
monde font pour l’heure trop pâle figure. Ce sont-elles pourtant qui doivent capter toute notre attention.

Les enjeux conjoints de la réflexion et de l’action à mener devant les dangers à repousser afin de poser les fondements d’une possible (re)construction
de valeurs humaines dangereusement malmenées par les postulats aveugles de l’économisme (tout est marchandise) et les affirmations suffisantes de castes
autoproclamées (seuls les experts savent et sont donc habilités à indiquer la voie à suivre) doivent être définis sans complexes et sans concessions face
aux apôtres de la fuite en avant. Il est impératif de réhabiliter, en tout premier lieu, le statut du politique. Cela passe par la délimitation précise
du champ du politique et des relations que celui-ci doit entretenir avec les autres champs de la condition humaine : économique, social, scientifique et
culturel. Si ces délimitations sont nécessaires, elles ne suffiront pas à reconstruire l’action politique qui, elle, n’a de sens que dans le creuset social
où elle prend racine et puise son énergie.

Le réenchantement du politique, condition d’une maîtrise démocratique du destin des hommes, passe donc inéluctablement par la revitalisation du tissu social.
Il faudra régler un problème d’échelle. Les féodalités omnipotentes nées ou renforcées par la mondialisation ultra-libérale (firmes transnationales, institutions
supranationales) agissent à une échelle beaucoup plus vaste que celle dans laquelle se situent tout à la fois la dynamique du mouvement social et l’action
publique traditionnelle. La résolution de ce problème passe probablement par un double effort ; l’invention de formes étendues de la revendication et des
stratégies des acteurs du mouvement social d’une part, le contrôle relatif des agissements des acteurs économiques, financiers et institutionnels de grande
dimension d’autre part. Cela signifie une redéfinition de la citoyenneté par la fédération des multiples formes d’engagement déjà à l’œuvre et à construire.
Le nouvel engagement citoyen pourra s’appuyer sur les leçons objectives du passé en matière de luttes sociales et politiques mais devra surtout revendiquer
la reconnaissance universelle de droits économiques et sociaux sacrifiés aujourd’hui sur l’autel du tout-marché. On appellerait cela le bien commun de
l’humanité.

Publié dans « Le Grain de Sable », numéro 549 du 19 avril 2006
yann
 
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