Cadoudal sort du bocage

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Cadoudal sort du bocage

Messagepar yann sur Mar 13 Déc 2011 15:40

Cet article a étté publié de façon tronquée sans l'accord de son auteur. Cette "maladresse", contraire aux usages de la presse, a dénaturé l'intention de la version originale reproduite ci-dessous. Elle met fin du même coup à la collaboration de Cadoudal avec le journal Tapage.



Tapage 15 – Décembre 2011


Cadoudal sort du bocage


Depuis le numéro 9 de Tapage une curieuse signature se glisse tous les deux mois au bas de l’un des articles de ce journal se situant résolument à gauche sur l’éventail de la presse. Que vient faire en si joyeuse compagnie ce Cadoudal que la mémoire collective d’un peuple uniformisé a définitivement rangé dans le camp des sinistres réactionnaires ? L’imagerie populaire, minutieusement forgée par l’édification du « roman national », a fait de ce rebelle breton un « héros négatif », un anti-modèle du héros positif incarné par la figure du petit Chauvin, fier soldat laboureur traversant allègrement les manuels scolaires de notre pays tout au long du 19èème siècle. L’auteur actuel signant ses articles bimestriels du nom dde son tumultueux ancêtre n’est certes nullement sommé de s’expliquer. Il perçoit cependant que son clin d’œil fait à l’Histoire intrigue tout à la fois les autres « tapageurs » et les lecteurs assidus de cette publication discrète et remarquable. Il ne sera pas question ici de réhabiliter Georges Cadoudal. Il n’en a aucun besoin. Il a sa place dans l’Histoire. Elle lui suffit sûrement tant il ne cherchait pas la gloire. Non, il s’agira plutôt de dire en quoi ce Morbihannais guillotiné à trente-trois ans peut nous enseigner deux siècles plus tard quelques leçons de conduite pour jalonner la route de nos multiples combats contre « le monde qui vient ».
L’on ne peut saisir toute la substance de l’histoire de Georges Cadoudal si l’on fait mine d’ignorer que la Bretagne est une culture, une langue, un caractère. La Révolution française est venu bousculer, pour le meilleur mais aussi pour le pire aux yeux de nombreux Bretons, un ordre établi depuis longtemps , loin du pouvoir royal et de ses outrances, et trop brutalement remis en cause. Cadoudal n’est pas noble et n’est pas non plus spécialement attaché à L’Eglise. Né le 1er Janvier 1771 à la ferme de Kerléano dans une famille de paysans aisés, non loin d’Auray, il est clerc de notaire quand éclate la Terreur. Plutôt acquis aux idées révolutionnaires en 1789 Cadoudal va progressivement basculer du « mauvais côté ». Il est ébranlé par la Constitution civile du clergé, les exécutions des prêtres réfractaires et surtout la levée en masse pour les armées révolutionnaires. Il rejoint l’armée de Vendée en juin 1793. Après la déroute de celle-ci il rentre dans le Morbihan. De plus en plus de paysans s’y soulèvent. Ils prennent le nom de Chouans. Dans toute la Bretagne ils s’opposent aux Républicains lors de nombreuses batailles. Souvent moins nombreux et moins bien armés que leurs adversaires, ils bénéficient d’un terrain leur étant forcément favorable : le bocage. Ce relief particulier est propice aux embuscades et au repli facile quand une escarmouche tourne mal. Les Chouans font souvent des prisonniers qu’ils relâchent bien des fois sauf quand les hommes capturés se sont rendus coupables de pillage. Les Républicains sont généralement moins cléments.
En août 1795, Cadoudal est élu général de l'Armée catholique et royale du Morbihan. Il réorganise alors les forces du département, réparties en 12 divisions comptant au total près de vingt mille hommes. En novembre 1995, Joseph de Puisaye écrit au Conseil des Princes à Londres : « Le Morbihan, que Georges tient dans ses mains, se prononce plus que jamais contre la noblesse et contre les émigrés : ils font une guerre populaire, disent-ils, et non pas une guerre de restauration. (…) L'opposition à nos projets viendra toujours de ces royalistes qui veulent établir l'égalité sous le drapeau blanc. Le crédit de la noblesse a beaucoup perdu : dans le Morbihan on aime le gentilhomme qui se bat en volontaire ; mais on ne veut pas que le premier débarqué vienne faire la loi. Ce qui se passe ostensiblement dans cette contrée se fait pressentir secrètement dans toutes les autres de la Bretagne. » Pourtant, en août 1799, Georges Cadoudal reçoit le commandement de l'Armée catholique et royale de Basse-Bretagne , soit le Morbihan, le Finistère et les Côtes-du-Nord. Ce que l’on nomme « la troisième chouannerie » commence par des succès fulgurants. Le 15 octobre 1799, elle s'empare du Mans. Cinq jours plus tard, un raid sur Nantes a un grand retentissement. A Saint-Brieuc les Chouans délivrent un grand nombre des leurs retenus prisonniers. Cependant ces succès ne durent pas, des renforts sont envoyés dans l'Ouest et les Chouans doivent rendre les villes prises. Arrivé au pouvoir, Napoléon Bonaparte supprime la loi des otages et rétablit la liberté religieuse. Mais, les troubles se poursuivant, de nouvelles troupes sont envoyées en Bretagne. Les forces en présence sont désormais par trop disproportionnées. Le 10 février 1800, Cadoudal capitule. Les Chouans doivent rendre leurs armes.
Le 25 février 1800, muni d'un laissez-passer signé du général Brune, Cadoudal se met en route pour Paris où un entretien avec le Premier Consul est prévu. A l’issue de la rencontre au Palais des Tuileries Napoléon Bonaparte écrit à Brune : « J'ai vu ce matin Georges, il m'a paru un gros breton dont peut-être il est possible de tirer parti pour les intérêts même de la patrie.
» Une seconde entrevue, houleuse, se tient quelques jours plus tard. Cadoudal en ressort furieux : « Oh ! Il change de ton, son pouvoir l'enivre... ce petit homme que j'aurais pu étouffer entre mes bras. Oh ! Il ne m'engageait point à prendre du service, il commandait, il ordonnait, il parlait en maître.
Pacification, amnistie, tout cela n'est qu'un leurre. Attendons, et bientôt nous serons sous les verrous. » Cadoudal refuse la propositions de Bonaparte d’un grade de général de brigade dans l'armée républicaine. Il quitte Paris le 9 avril en réussissant à semer la police de Fouché.
On connaît la suite : Cadoudal organisa l’attentat « à la machine infernale » qui fit vingt-deux morts rue Nicaise le 24 décembre 1801 mais laissa Bonaparte indemne. Puis, il participa activement au début de l’année 1804 à la conspiration de Pichegru qui aurait du aboutir à l’assassinat de Bonaparte. Cadoudal et la plupart des conjurés sont arrêtés. Le procès s'ouvre le 27 mai 1804 au palais de justice de Paris. Les jurés condamnent vingt accusés à morts, dont Cadoudal. Bonaparte en graciera huit ensuite. L’exécution de la sentence aura lieu le 25 juin. Le jour même de l'exécution, on vint annoncer à Cadoudal qu'il pouvait obtenir la grâce de Bonaparte. Il demanda si ses officiers l'obtiendraient aussi. On lui répondit que non. « Allons, dit-il, je subirai la peine qui m'est infligée. C'est moi qui les ai engagés à venir, et je serais un lâche de vivre s’ils doivent mourir. » Il refuse farouchement, par principe, toute idée de demande de grâce, alors que tout indique que Bonaparte était plutôt demandeur : « Me promettez-vous une plus belle occasion de mourir ? » À 10 heures les douze condamnés sont conduits place de Grève. Cadoudal demande à déroger à la règle voulant que le chef de bande soit exécuté en dernier afin que ses compagnons ne puissent douter de son engagement. Suprême punition : son squelette sera exposé en faculté de médecine tout au long du Premier Empire.
Voilà la courte et dense histoire d’un homme entier, incapable de rouerie, pétri de loyauté envers ses frères. Il n’était pas possible – et sans doute pas nécessaire – de relater tous les avatars des dix années de combat sans concessions de celui que notre imaginaire range parmi les Don Quichotte. On les aime dans les romans, beaucoup moins dans l’Histoire. Il ne pouvait que perdre et pourtant se battit inlassablement. Sa vie compte parmi les pertes inévitables pour le profit de l’idée républicaine. Il n’en aurait probablement aucun regret. Qui sait s’il n’aurait pas fini par reconnaître cette grande idée ? Le Cadoudal plumitif d’aujourd’hui le croit. Tout comme il est persuadé qu’un homme de cette trempe-la serait de nos combats actuels. Ses ennemis seraient de nos jours tous les prédateurs de la planète et du bien commun qui se cachent dans un autre bocage : celui tissé sournoisement par les organisations supranationales de la « gouvernance mondiale». Il les combattrait non sans humour. Un jour un officier de la République lui reprocha d’avoir fait des veuves et des orphelins. Georges rétorqua : « La prochaine fois, envoyez-moi des célibataires. »

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