Ma vie à la face du monde

Modérateur: yann

Ma vie à la face du monde

Messagepar yann sur Mar 25 Juin 2013 09:42

Ma vie à la face du monde


A la fin du siècle dernier, l’Europe avait découvert avec une certaine stupeur que les Etats-Unis d’Amérique espionnait, grâce à un puissant relais installé sur le sol britannique, tous les types de communication du continent. Le système « Echelon » avait été élaboré au nom du principe de nécessité : face à un monde de plus en plus instable, il est indispensable de toujours renforcer les moyens de surveillance des sociétés humaines. Un second principe s’ajoute quasi mécaniquement au premier : il reviendrait de droit à la première puissance mondiale d’assurer la mise en œuvre de l’omni surveillance. Vingt ans après Echelon le progrès des techniques décuple les performances de « big brother ». Le programme PRISM, récemment dévoilé par Edward Snowden, témoigne d’une indéfectible continuité. Disons-le tout net : ces systèmes sont liberticides. Et nous acceptons cet état des choses puisqu’il est conçu pour notre bien à tous !

Depuis des années le tentaculaire programme PRISM , imaginé par les autorités des USA s’immisce dans nos boîtes de courrier électronique, nos espaces de stockage de données numériques, nos conversations téléphoniques. Ce programme fournit un accès illimité à tous nos comptes e-mail et réseaux sociaux sur Google, YouTube, Facebook, Drop Box (Amazon), Skype, Hotmail ou encore Yahoo . Chaque mois, des milliards de messages sont enregistrés à notre insu pour une exploitation dénuée de tout contrôle. Neuf sociétés privées américaines au moins collaborent ainsi avec la NSA(Agence de sécurité nationale) au nom de la prévention contre « le terrorisme international ». L’énorme affaire a été révélée par Edward Snowden qui a fait parvenir au journal The Guardian un nombre conséquent desdits enregistrements. Poursuivi par le,FBI, il s’est réfugié à Hong-Kong. Des programmes similaires concernant le Canada et l’Australie ont été depuis révélés.

A la lumière des réactions du citoyen ordinaire il existe deux façons d’envisager cette affaire et celles du même type qui l’ont précédée. La première considère que la police ne fait là qu’utiliser les moyens nouveaux de communication à sa disposition pour accomplir son légitime travail d’enquêtes. Si cela doit passer par quelques entorses au respect des libertés fondamentales on ne va pas en faire une affaire d’Etat. Ce citoyen-là est d’autant plus enclin à faiblir sur ses principes – certainement assez mal ancrés – que l’on sait habilement lui apporter sur un plateau – de surcroît médiatique – des gages de l’efficacité de cette douce surveillance de tous les instants. N’a-t-elle pas permis tout de même de déjouer à tel endroit et à telle date les préparatifs de tel attentat qui aurait forcément été sanglant. C’est ce même citoyen qui s’étonne que d’autres s’offusquent : quand on n’a rien à se reprocher pourquoi craindre que nos données personnelles soient visitées par la police ? Et tant pis pour l’intrusion dans la vie privée de centaines de millions de gens. Et tant pis si la preuve de l’efficacité supposée de cet espionnage élargi n’est jamais irréfutablement administrée.

La seconde réaction, semble-t-il la moins répandue, consiste à trouver intolérable que chaque citoyen soit en permanence un suspect en puissance. Le citoyen épris tout à la fois du respect de la loi et de la vie privée, la sienne comme celle d’autrui, souhaite que l’usage des moyens « modernes » d’investigation de la police soit réservé aux enquêtes ciblant des individus ou des groupes d’individus légitimement suspectés. Il ajoute que cet usage ne saurait en aucune manière être confié à des sociétés privées. Ce citoyen-là, honnête jusqu’à la preuve du contraire, questionne : quand la police ne disposait pas de ces techniques modernes , qui aurait toléré qu’elle s’introduise au domicile de n’importe quelle personne à son insu, inspecte sa bibliothèque pour savoir ce qu’elle lisait, fracture son secrétaire pour connaître les secrets de sa correspondance amicale ou amoureuse ? Personne, sans doute ! Alors pourquoi, sous le prétexte que les moyens techniques ont changé, l’accepter aujourd’hui ?

D’où vient l’affaiblissement des principes fondamentaux hier communément partagés ? La chasse aux terroristes à bon dos, la technique facile également. Les causes véritables sont ailleurs. Nos sociétés, submergées par la pléthore des moyens de communication en temps réel et à longue distance ainsi que par la fascination pour les images instantanées, connaissent un autre dramatique affaiblissement : celui de la frontière entre vie publique (ou professionnelle) et vie privée. De plus en plus souvent le mot affaiblissement est incongru ; la frontière a presque disparu. L’heure est au voyeurisme internautique, à l’indécence des blogs. Quand on affiche des pans de sa vie intime sur « fesses de bouc » on n’est sûrement pas le premier à s’indigner du programme PRISM. Une autre cause de notre faiblesse contemporaine doit enfin être évoquée : quand il s’agit de l’oncle Sam notre tolérance à l’intolérable devient presque naturelle. C’est ainsi que les Européens se sont alignés sur la législation américaine en matière de protection de la vie privée (scanner corporel dans les aéroports) ou ont perdu leurs combats en matière de protection des données personnelles (PNR, relatives aux passagers aériens, ou Swift, sur les données bancaires). Les méthodes douteuses – le mot est faible – de la police américaine deviendront-elles demain la norme en Europe ?

En attendant rien ne nous empêche de sécuriser mieux nos données numériques par le développement d’espaces de stockage autonomes gérés en France et en français, de ne pas offrir à tous les vents ce que l’on réserve en principe au petit cercle de ses vrais amis. Vous verriez alors que le lien social y gagnerait.

Yann Fiévet
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