La fatale asphyxie

Modérateur: yann

La fatale asphyxie

Messagepar yann sur Lun 12 Mai 2014 10:59

La fatale asphyxie


Record battu ! C’est Paris qui décroche la timbale. Aucune capitale européenne n’avait encore jamais atteint un tel niveau de pollution de son air. La faute à ce salopard d’anticyclone des Açores qui, avant même le début du printemps, s’est planté trop longtemps sur tout le nord de l’Europe. Face à cette détermination climatique inébranlable la toute petite volonté des hommes ne pèse rien. Ou plutôt, sa dimension minuscule éclate au grand jour par contraste. Nul ne devrait être surpris par l’apparition du nuage de poussières nocives en tous genres. Et pourtant, nombre d’observateurs plaident l’inattendu. La seule incertitude concernait en fait le moment précis où surviendrait le record. Nous savons aussi que les records sont faits pour être battus, y compris le record de l’incurie politique et celui de l’inconséquence de certains citoyens. Avant même leur déploiement les mesurettes « climatiques » révélaient leur impuissance. A défaut de démasquer et de mettre hors d’état de nuire les vrais salopards l’on n’arrêtera pas la programmation de l’asphyxie générale. Du reste, l’on nous susurre de nouveau à l’oreille que nous sommes tous également responsables du désastre.

Nous vivons un temps de désespoir rampant. Nous connaissons le risque – et ses effets sanitaires et climatiques déjà avérés - depuis plusieurs décennies et nous n’agissons toujours que sur l’écume des choses. Les champions du green washing gesticulent sur commande et gonflent les baudruches de l’enthousiasme débridé chaque fois qu’un relevé statistique décèle un imperceptible frémissement positif dans la lutte microscopique contre la pollution atmosphérique. Le reste du temps ordinaire les seuils de pollution à ne pas dépasser sont régulièrement franchis sans que les autorités compétentes ne s’en alarment. Cela fait déjà sept ans que s’est tenu le Grenelle de l’environnement que nous avons dans d’autres colonnes qualifié de duperie monstrueuse. Il a accouché de trois fois rien mais nombre d’experts patentés le glorifient sans vergogne. On n’a surtout pas révisé la fiscalité qui continue de favoriser abusivement les utilisateurs de véhicules Diésel (60% du parc français !) dont les ventes se sont envolées au nom du nécessaire soutien de nos constructeurs automobiles. On n’a surtout pas esquissé le début du commencement d’un changement de politique des transports afin de réduire drastiquement à un terme raisonnable la circulation des marchandises par la route ou de limiter le recours aux déplacements automobiles particuliers. On a surtout pas décidé d’activer le principe pollueur-payeur par l’instauration de taxes dissuasives. On a surtout pas choisi de favoriser vraiment l’adoption des systèmes de chauffage les moins polluants et d’isolation les plus performants pour l’immobilier neuf ou rénové. Bref, comme la nuée de particules fines qui nous asphyxie, nous sommes immobiles.

Le désespoir grandit quand on comprend qu’en effaçant les défaillances qui viennent d’être évoquées nous serions encore très loin du compte. Cette effrayante perspective pourrait expliquer la paralysie des « décideurs » et la fuite en avant de certains acteurs économiques décidés à ne rien changer à leurs comportements prédateurs. La cause première du péril écologique est la course à la Croissance qui refuse de revenir chez nous car elle s’est déplacée là où les retards à combler sur le modèle dominant capitaliste la dopent. Partout, la spéculation foncière et immobilière va bon train faisant sortir d’une terre massacrée des projets bétonnés aux dimensions toujours plus vastes et sans cesse plus gourmands en ressources primaires ou énergétiques puisque la sobriété n’y est pas franchement mise en œuvre. Le gigantisme des infrastructures est puissamment alimenté par le culte de la performance célébré outrageusement par des corps d’ingénieurs nourris à la prouesse technique. Les « grandes » réalisations dans les domaines des équipements commerciaux, des réseaux de transports, des systèmes de traitement de nos déchets, des «centrales » de production d’énergie sont justifiées par le développement sans frein de l’urbanisation vue comme une fatalité et trop souvent saluée comme un bienfait par les géographes. Faute d’une conception intelligente – et intelligible – de l’aménagement territorial l’urbanisation est notoirement anarchique. On construit pour la plus grande fierté des élus locaux et des aménageurs ayant pognon sur rue puis on entasse des populations le plus souvent loin des gisements d’emplois vers lesquelles elles convergeront au quotidien par des voies de communication très vite saturées appelant de nouveaux aménagements qui entraineront donc de nouvelles concentrations urbaines. Et l’on voudrait pouvoir encore respirer dans ces villes dortoirs !

En dehors des métropoles point de salut ! Il convient donc de les relier toutes. L’avion entre alors en scène, valorisant cet autre culte de la modernité qu’est la course contre le temps. Le trafic aérien a doublé au cours des vingt dernières années et pourraient tripler d’ici 2050. Quelle envolée ! Et là , pas de circulation alternée : on ne commettra pas l’impair d’interrompre la marche des affaires. Au plan de l’impureté de l’air, il semble « naturel » d’incriminer les automobilistes répartis sur l’ensemble de la population – y compris donc les plus modestes – et d’exonérer de toute responsabilité la minorité de nos congénères qui s’envoie en l’air plus souvent qu’à son tour. Dans cet étonnant contraste tous les délires sont permis. Le Bourget, aéroport d’affaires par excellence, tient le pompon de l’inconséquence crasse. Un jour on y affréta un aéronef pour transporter un « toutou à sa mèmère rupine » avec service de repas – royal canin ! – « à la place » selon l’expression consacrée. Un autre jour, ce fut un cheval qui voyagea seul dans les airs , un second avion suivant avec ses bagages !

Ces anecdotes ne sont pas que des anecdotes. Elles en disent très long sur la monstruosité de notre époque. Les caprices des riches y sont devenus criminels. Quand l’impureté de l’air provoque chaque année trente mille décès prématurés en France, est responsables d’un nombre croissant de cancers du poumon ou de la vessie, que ce soit à court terme ou à la suite d’exposition chronique , il est urgent de ne plus tarder à prendre le problème à bras-le-corps. Hélas ! nos institutions politiques sont dramatiquement inadaptées au colossal enjeu trop longtemps méprisé par elles. Le comble n’est-il pas ici : Le Bourget accueillera en décembre 2015 une nouvelle conférence internationale… sur le climat. Pour conjurer le sort, sans doute ! Notre sort qui peut-être est déjà scellé depuis l’échec de la premières de ces conférences alibis. C’est le politique, privé d’oxygène, qu’il convient d’abord de ranimer.

Yann Fiévet
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